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Condamnation Bah Oury à perpétuité: une justice aux ordres

Le 13 juillet dernier, la Cour d’assises de Conakry en rendant son verdict dans le procès contre les auteurs présumés de l’attaque du 19 juillet 2011, a  tout dit sauf le droit.

En voulant faire de 2013 l’année de la justice, le Président Alpha Condé a formulé un vœu pieux. Ou peut-être qu’il voulait dire : « 2013 sera l’année de ma justice ». La Cour d’assises a dû suivre les orientations du Président du Conseil supérieur de la magistrature. Aussitôt son domicile attaqué, le Président Condé avait devancé la justice et pointer du doigt ses auteurs à lui, et leurs complices.

Pour qui sait combien de fois notre justice est indépendante de l’exécutif, n’avait pas à s’impatienter six mois de procès, pour deviner le sens du verdict. La raison du plus fort étant toujours la meilleure, nul n’était sensé ignorer que le complot manqué aurait été « commandité entre autres, par le Vice-président de l’UFDG, M. Bah Oury, et exécuté par le Commandant Alpha Oumar Boffa Diallo, avec le seul but de porter un Peuhl à la tête du pays ». Rien d’étonnant donc si les deux et les autres doivent passer le reste de leur vie en prison.

La seule surprise est de voir la Cour s’écarter des peines capitales requises contre certains accusés par le Procureur général William Fernandez. Mais, vrai semblablement, le Président de la Cour d’assises n’a pas eu le choix lors des délibérations. Entre les organismes de défense des droits de l’homme aux aguets et l’opposition des jurés non convaincus par les preuves de l’accusation, M. Bangoura, la mort dans l’âme, n’a pas pu appliquer la peine capitale au Commandant AOB, Jean Guilavogui, au Margis-chef Youssouf Diallo et à Mme Fatou Badiar Diallo. Finalement, il a rendu un arrêt qui n’a satisfait ni sa personne, ni les condamnés, encore moins les observateurs qui ont suivi le déroulement du procès depuis le 7 janvier 2013. L’arrêt a été obtenu dans la douleur, après 12h de délibérations et de tractations. Les coups de fil ont dû forcer la porte de la chambre de délibération pour faire fléchir plus d’un. Ceux-ci voulaient alléger les peines, mais la pression externe était plus forte. « Sauvez le pays » leur aurait-on demandé. Les jurés auraient été contraints de renoncer à leurs convictions comme avec leurs primes qui attendraient encore le retour du ministre d’Etat à la Justice en mission pour être payées. La « Raison d’Etat » a une nouvelle fois eu raison sur l’indépendance de la justice. Résultat, l’arrêt de la Cour d’assises est touffu d’incohérences et de contradictions qui crèvent les yeux, même d’un aveugle.

Peut-être sans s’en rendre compte, le Président Fodé Bangoura a confirmé que ceux qui ont attaqué le domicile de M. Alpha Condé sont dans la nature. Ni le Commandant Alpha Oumar Boffa Diallo, ni Jean Guilavogui, ni aucun autre accusé n’a été reconnu coupable d’assassinat, de coups et blessures ou de destruction d’édifices publics ou privés. Ce qui veut dire que les assassins des agents de la garde présidentielle Djoumé Sangaré et Bakary Oulen Camara, tous tués durant l’assaut (d’on ne sait qui), sont à rechercher. Inconnus, restent aussi ceux qui ont porté des coups et causé des blessures au Commandant Mory Kourouma, l’aide de camp du Président Alpha Condé et autres constitués partie civile. Les assaillants qui ont pilonné le domicile présidentiel ne figurent pas, selon l’arrêt de la Cour d’assises, parmi les condamnés. Quel courage ! Il ne reste plus à la justice de retrouver les véritables coupables de ces crimes. Que le Procureur général William Fernandez retrousse les manches pour reprendre ses enquêtes.

En attendant, le Président de la Cour d’assises doit expliquer par quelle gymnastique a-t-il pu à la fois mettre hors de cause le Cdt AOB et Jean Guilavogui dans la commission de certaines infractions et les condamner dans d’autres avec une peine aussi lourde que la réclusion criminelle à perpétuité. A travers l’arrêt de la Cour d’assises, M. Fodé Bangoura a, en effet, reconnu coupables les deux accusés d’avoir appartenu à des associations de malfaiteurs ayant pour but d’opérer un changement de régime et d’avoir tenté de donner la mort au Président Alpha Condé. Mais aux questions de savoir si le Cdt AOB et Jean Guilavogui sont coupables d’assassinat, de coups et blessures ou encore de destruction d’édifices publics ou privés, la Cour a répondu à la majorité par la négative.Comment croire que ceux qui ont détruit le domicile présidentiel soient différents de ceux qui ont tenté d’assassiner le locataire ? Expliquez aux Guinéens, M. Bangoura, comment des inconnus peuvent administrer des coups et blessures à l’aide de camp du Président, tuer deux de ses gardes pour qu’enfin d’autres viennent essayer d’attenter à la vie de M. Alpha Condé ?De grâce, ne dites pas à la fois une chose et son contraire. Ou on est coupable, ou on est innocent. Mais jamais les deux à la fois.

A titre individuel, le Cdt AOB a été reconnu coupable de détention d’armes de guerre et de minutions. En dépit du témoignage de l’Adjudant-chef Fodé Abass Soumah, selon lequel, le Cdt AOB en se présentant à la garde présidentielle n’avait que son PMAK, avec lequel celui-ci dit ne jamais se séparer : « L’arme est ma femme et ma femme, ma maîtresse » apprendrait-on à tout élève militaire.

Jean Guilavogui a été reconnu d’avoir détenu et consommé de la drogue. Décision certainement fondée sur les images projetées lors des débats, le montrant avec des yeux mi-clos. Sans savoir si c’est sous l’effet de la drogue ou de la douleur (sa main amputée par la grenade) que Jean avait du mal à ouvrir ses yeux. Autant dire que la Cour a fondé son arrêt plus sur le doute que sur les preuves que devaient fournir le parquet et la partie civile. Apparemment, AOB et Jean Guilavogui ont été condamnés à la réclusion criminelle à la perpétuité pour avoir été à Kipé dans la nuit du 18 au 19 juillet 2011. Un raisonnement que l’avocat Me Rafi Rajja de la défense a traduit à travers ce syllogisme : « Tous ceux qui ont été à Kipé sont coupables. Or, AOB et Jean Guilavogui y étaient. Donc, ils sont coupables ». Le doute devrait, dans les conditions normales, profiter aux accusés, mais il a profité à l’accusateur. On dit souvent qu’il vaut mieux libérer mille fois un coupable que de condamner une seule fois un innocent. Mais dans le cas d’espèce, c’est l’inverse.

Mêmes infractions, peines différentes

L’arrêt de la Cour d’assises est loin de finir de nous étonner. On aura vu des personnes reconnues coupables des mêmes infractions et condamner à des peines différentes. Avec leur 15 ans de prison chacun, Mamadou Alpha Diallo, Almamy Aguibou Diallo et Mme Fatou Badiar Diallo seraient plus coupables que le Capitaine Mamadou Adama Mara qui, pour la même infraction de complicité, a écopé de 5 ans d’emprisonnement. Les pleurs, les plaintes et les appels au secours de Mme Fatou Badiar n’auront pas pu harmoniser les peines. Il ne faudra surtout pas compter sur la dédicace par le Président Alpha Condé de 2013 à la justice et de son quinquennat aux femmes. Il devrait ne l’a dit que pour chatouiller les féministes et les défenseurs des droits de l’homme.

L’accusé Souleymane Bah qui a reconnu avoir détenu une arme pour sa propre sécurité, a 16 mois de prison. Ceux qui n’ont pas reconnu en détenir et contre qui aucune preuve contraire n’a été apportée, ont été condamnés à des peines plus lourdes. Ainsi, Baba Alimou Barry et Thierno Sâdou Diallo écopent de 5 ans de prison, contre 3 ans pour le forgeron handicapé Mamadou Macka Bah, 2 ans pour le maître coranique Mamadou Lamine Barry et le marchand Thierno Sâdou Bah. Sans compter que des personnes dont la culpabilité n’a été établie que par les déclarations du Commissaire Fabou Aboubacar Camara des Services spéciaux de la présidence, ont été condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité par contumace avec confiscation de leurs biens. Il s’agit de M. Bah Oury, Vice-président de l’UFDG, Mamadou Lamine Diallo, Secrétaire fédéral de l’UFDG en Allemagne, Emile Guilavogui et le Lieutenant Mamadou Bobo Diallo. Mais il est déroutant de condamner par contumace le Lieutenant Bobo et continuer de garder en même temps Mamadou Cellou Diallo prisonnier à la Maison centrale de Coronthie (Kaloum). Ou le détenu c’est le Lieutenant Mamdou Bobo Diallo, on le juge. Ou ce n’est pas lui, on le ramène au Liban où il a été arrêté, sous prétexte qu’il serait le nommé Bobo.

Un complot civil

Apparemment, le coup d’Etat manqué contre le Président Alpha Condé n’a été préparé et exécuté que par des civils. L’unique militaire reconnu coupable par l’arrêt de la Cour d’assises, reste le Commandant Alpha Oumar Boffa Diallo. Avec comme unique complice militaire, le Cpt Mamadou Adama Mara dont le rôle aura été de « commander des boubous de protection » pour rendre invulnérables et invisibles les assaillants. Même si AOB et Jean Guilavogui ont été non seulement vus, mais aussi vulnérables à la grenade. Le 3e et dernier militaire est le Lieutenant Mamadou Lamarana Diallo, condamné à 3 ans pour abstention délictueuse. L’unique coupable civil de tentative d’assassinat et de coup d’Etat est Jean Guilavogui. Mme Fatou Badiar Diallo, Mamadou Alpha Diallo et Almamy Aguibou Diallo sont ses complices, aussi civils que lui. A ceux-ci s’ajoutent le reste des civils condamnés pour des infractions que les débats n’ont pas réussi à lier avec l’attaque, notamment la détention d’armes de guerre et de minutions. C’est comme si on disait que comme les célèbres bandits Mohamed Conté alias Souka ou Mathias Léno ont opéré avec des armes, qu’ils ont pris part à l’attaque du 19 juillet. Tous les autres militaires qui étaient susceptibles de faire un coup d’Etat, ont été acquittés faute de preuve. Peut-être que c’est parce que le complot est à dominance civile qu’il a échoué. Avec un tel arrêt, la Cour pénale internationale devrait réfléchir par deux fois avant de laisser à la justice guinéenne la gestion du dossier des massacres du 28 septembre 2009. Hélas.

Diawo Labboyah Barry (La Lance)

C’est avec consternation et indignation que nous avons
suivi le verdict de la cour d’appel de Conakry relatif au procès de l’affaire du 19 juillet 2011.

Ce verdict a confirmé que ce procès était un procès politique, ethnique et qui rappelle un passé douloureux à plusieurs familles guinéennes.

Le Mouvement justice Bah Oury n’est pas surpris par la lourdeur des peines rendues par ce verdict. Au lendemain des arrestations ciblées, Le MJBO avait alerté la communauté nationale et internationale sur le caractère politique et ethnique de ce procès mais hélas. Déjà dans notre dernier communiqué, nous indiquions que les droits de l’homme sont violés, bafoués en Guinée et la communauté internationale  traine.  Ce verdict démontre à suffisance  que la justice guinéenne est une justice de la honte depuis la nuit des temps, elle n’a jamais été juste. Elle est responsable de la mort de plusieurs innocents en Guinée.

Ce verdict doit sonner comme un signal d’alarme pour la communauté nationale et internationale sur le caractère partisan de la justice guinéenne. Pourquoi jusqu’au jour d’aujourd’hui, le procès de la tuerie du 28 septembre n’a pas commencé ? Pourquoi les tueries de Zogota, de Kouroussa et de Siguiri ne sont pas encore élucidées ? La Guinée couve une bombe qui, lorsqu’elle explosera c’est tout  le tissu social qui périra. 

Ce verdict injuste, est aussi  la conséquence de la complaisance des acteurs politiques et des responsables de  la société civile guinéenne sur les questions liées aux droits de l’homme. Ils ont fermé les yeux et bouchés les oreilles sur les violations répétées des droits de l’homme en Guinée depuis l’indépendance du pays. Les acteurs politiques et sociaux sont moralement coupables de cette situation au même titre que les tortionnaires car, si rien n’est fait pour corriger le tir, ils sont capables de reproduire le pire une fois au pouvoir.

Le Mouvement Justice Bah Oury compatis de tout cœur,  à la douleur que vit toutes les victimes de ce verdict. Il salue la mémoire de Thierno Soufiane Diallo, du Commandant Issiagha  Camara, du Colonel Aïdor Bah tous morts suite aux tortures subies en prison. Le MJBO salue la mémoire de toutes les victimes de l’injustice de la justice guinéenne. Le Mouvement Justice Bah Oury invite le peuple de Guinée  à se mobiliser et à exiger le respect de ses droits à ses gouvernants.

 Que Dieu rende justice au peuple de Guinée en le délivrant de ses tortionnaires de dirigeants.

Amen !

Le Mouvement Justice Bah Oury. 


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